Mardi 29 septembre

Une fondation territoriale, à quoi ça sert vraiment ?

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Quand on pense à une fondation, on pense assez spontanément à l’argent et aux projets qu’elle finance. Dans le cadre d'une fondation territoriale, à la différence d'une fondation d'entreprise, il n'y a pas d'affectation automatique de fonds. Une partie de son activité est dédiée chaque année à la collecte de fonds auprès des mécènes de son territoire. Ensuite, financer des projets est évidemment une partie de son rôle. Mais pour une fondation territoriale, l’essentiel se joue aussi ailleurs : dans sa capacité à créer des liens, à faire émerger des coopérations et à mobiliser les ressources d’un territoire autour de ses propres besoins.

Trois ans après la création de la Fondation Territoriale de la Vienne, ce sont peut-être les associations qu’elle accompagne qui en parlent le mieux.

 

« Un premier investisseur de confiance »

Pour Anne Bordy, coprésidente de VMS, lauréate de la Fondation en 2024, le premier effet du soutien a bien sûr été financier. Il a permis à l’association de couvrir des coûts structurels essentiels au développement de son service de transport solidaire.

Mais elle retient aussi ce qui s’est passé autour de ce financement.

 "Cet accompagnement nous a apporté une véritable reconnaissance publique et une légitimité à l’action de VMS" , témoigne-t-elle.

La communication autour du projet a permis de mieux faire connaître le dispositif auprès de bénévoles potentiels, mais également de prescripteurs locaux : mairies, assistantes sociales ou structures médico-sociales.

Cette reconnaissance a ensuite ouvert d’autres portes. Anne Bordy évoque un « véritable effet de levier stratégique » : en soutenant VMS, la Fondation a joué le rôle de « premier investisseur privé de confiance », donnant au projet une crédibilité supplémentaire auprès d’autres fondations et mécènes privés.

L’association souligne également l’importance des rencontres et des formations proposées. Elles lui ont permis d’intégrer ce qu’elle qualifie d’« écosystème partenarial global », avec d’autres associations, mais aussi des entreprises, des mécènes, des collectivités et des décideurs publics.

 

« Cela compte autant que le don lui-même »

Même constat chez Clothilde Chachay, directrice de SOLIGO 86, association lauréate en 2024 et 2025, garage solidaire à Saint-Georges-les-Baillargeaux.

Pour cette jeune structure, l’accompagnement de la Fondation a notamment débouché sur un DLA individuel avec France Active afin de consolider son modèle économique, des formations à l’étude d’impact et à la stratégie de mécénat, un travail sur la coopération territoriale, mais aussi de nouvelles mises en relaTion avec des entreprises, des fondations et des collectivités.

Elle en donne un exemple très concret. SOLIGO avait déjà essayé d’entrer en contact avec une entreprise mécène de la Fondation, sans succès. Une mise en relation directe réalisée par la Fondation lui a permis d’obtenir un rendez-vous avec la direction de l’entreprise. Plusieurs pistes de partenariat ont depuis été évoquées : faire connaître les solutions de mobilité de SOLIGO auprès de salariés en situation de précarité, travailler avec son garage solidaire ou envisager le don de véhicules lors du renouvellement de la flotte.

" Pour une jeune association comme la nôtre, ce type d’accompagnement est précieux ", explique Clothilde Chachay.

Monter en compétences, développer son réseau, accéder à de nouvelles opportunités : autant de choses auxquelles il n’est pas facile d’accéder et qui, dit-elle, « comptent autant que le don lui-même » pour développer et pérenniser l’activité.

 

Des rencontres qui font naître d’autres projets

À l’École de l’ADN, le constat est très proche. Laurent Fillion, directeur, explique même avoir candidaté à l’appel à projets avec l’envie de bénéficier de « tout ce que la Fondation pourrait apporter au-delà du financement ».

Le programme Impact et RésOnnance Territoriale, les temps de formation et les rencontres avec d’autres acteurs leur ont permis de prendre du recul sur leurs pratiques, de renforcer leurs compétences, mais aussi de confronter leurs priorités et leurs questionnements à ceux d’autres associations.

Et de ces rencontres sont nées des collaborations très concrètes : l’École de l’ADN travaille désormais sur des projets et des actions avec d’autres associations lauréates, tandis que son projet « Microbes : à table ! » continue de se développer.

L’association parle d’une « véritable valeur ajoutée » : ces échanges lui ont permis de créer de nouvelles relations avec le monde économique et associatif et de se sentir davantage partie prenante d’un « écosystème territorial engagé ».

Trois associations, trois histoires différentes, mais finalement une même réalité : le financement est nécessaire, mais il ne suffit pas toujours à faire grandir un projet.

Il faut aussi pouvoir rencontrer les bonnes personnes, consolider son modèle, trouver de nouveaux partenaires, confronter son expérience à celle des autres, gagner en visibilité et parfois simplement disposer d’un tiers de confiance capable d’ouvrir une porte. C’est précisément dans cet espace que se situe le rôle d’une fondation territoriale.

 

Faire le lien entre les besoins, ceux qui agissent et ceux qui peuvent les soutenir

Une fondation territoriale part d’abord de son territoire. Elle en identifie les besoins, notamment par le dialogue avec les partenaires publics et les organisations concernées, fait émerger les réponses, accompagne et sélectionne collectivement les projets. Puis elle mobilise autour d’eux les entreprises, les citoyens, les financeurs, lève des fonds et suit les projets et leur impact dans la durée. 

 Son rôle n’est donc pas seulement de faire circuler de l’argent. Il est aussi de faire circuler de la confiance, des compétences, des contacts et des capacités d’action.

Clothilde Chachay le formule d’ailleurs très simplement. Elle constate qu’il existe encore une « scission » entre l’économie privée classique et l’économie sociale et solidaire. La Fondation Territoriale, « à la croisée de ces deux mondes », permet selon elle de rapprocher les acteurs pour « coconstruire ensemble des solutions ».

C’est cette fonction d’intermédiation qui demande du temps et des compétences : connaître le territoire, écouter ses acteurs, organiser leur rencontre, accompagner les associations, mobiliser des entreprises qui ne sont pas nécessairement déjà mécènes et transformer des volontés individuelles en dynamique collective.

L’enjeu est d’autant plus fort que le monde associatif traverse une période de grande fragilité, marquée notamment par la contraction des financements publics. Beaucoup d’associations vont devoir repenser et hybrider leur modèle socio-économique, diversifier leurs ressources et construire de nouvelles alliances. Dans cette transformation, accéder à des compétences, à des réseaux et à de nouveaux partenaires devient presque aussi stratégique que trouver de nouveaux financements.

 

L’ingénierie, cette partie moins visible du mécénat territorial

C’est ici que le regard de Yann Queinnec, délégué général d’Admical, prend tout son sens.

Admical connaît particulièrement bien la Fondation Territoriale de la Vienne, première fondation territoriale accompagnée par son incubateur. Trois ans après son émergence, Yann Queinnec souligne notamment sa capacité à mobiliser un réseau diversifié de TPE et PME locales, à accompagner les associations et à expérimenter de nouvelles formes d’engagement, comme la collecte citoyenne associée à des mécanismes d’abondement.

Mais surtout, il met un mot sur ce que racontent, chacune à leur manière, VMS, SOLIGO 86 et l’École de l’ADN : « Sa valeur ne réside donc pas uniquement dans les fonds collectés et redistribués. Elle repose également sur une véritable ingénierie de coopération ». Une ingénierie qui permet de rapprocher associations et entreprises, de faire émerger des partenariats et de diversifier les ressources mobilisées au service des enjeux du territoire.

Cette ingénierie est sans doute la partie la moins visible du travail d’une fondation territoriale. Pourtant, elle est celle qui rend possibles beaucoup des effets décrits par les associations : la rencontre, la mise en réseau, la confiance, l’ouverture vers de nouveaux partenaires et, parfois, l’émergence de nouvelles coopérations.

Autrement dit, elle n’est pas ce qui se passe à côté des projets : elle est ce qui permet aux projets, aux financeurs et aux acteurs d’un territoire de se rencontrer et d’agir ensemble.

De projets soutenus à une cause portée collectivement

C’est aussi ce qui explique l’évolution engagée aujourd’hui par la Fondation Territoriale de la Vienne.

Après trois premières années consacrées notamment à l’alimentation de qualité et à la mobilité solidaire, la Fondation a choisi de concentrer sa capacité de mobilisation sur un enjeu majeur : la jeunesse et la lutte contre le déterminisme social.

Avec la méthodologie de la Dotation d’Action Territoriale de l'Institut Break Poverty, il ne s’agit plus seulement de sélectionner des associations puis de chercher les moyens de les financer. Le point de départ est le besoin du territoire.

Comprendre d’abord. Réunir les acteurs qui connaissent les réalités de la jeunesse. Identifier les manques et les réponses qui existent déjà. Faire émerger ou renforcer les projets les plus pertinents. Puis construire autour d’eux une mobilisation durable des entreprises, des acteurs publics et des financeurs.

La méthode change d’échelle, mais pas de philosophie.

Ce que racontent aujourd’hui Anne Bordy, Clothilde Chachay, Laurent Fillion en est finalement une première illustration : un territoire ne manque pas toujours d’initiatives ou de bonnes volontés. Ce qui manque parfois, c’est le lien qui permet de les réunir, de les renforcer et de leur donner les moyens d’agir ensemble.

C’est ce lien qu’une fondation territoriale cherche à construire. Et c’est tout le sens du projet collectif que la Fondation Territoriale de la Vienne veut désormais porter pour la jeunesse.

 

A propos des lauréats et d'Admical :

L'association Vienne et Moulière Solidarité (VMS) à Chauvigny mène des chantiers d'insertion professionnelle dans le bâtiment et le recyclage de menuiseries, tout en proposant des actions de solidarité locale comme le transport et les jardins partagés

Je découvre VMS

L'association l'Ecole de l'ADN en Nouvelle-Aquitaine propose des ateliers scientifiques, des stages et des formations pour initier les publics aux sciences du vivant à travers l'expérimentation en laboratoire.

Je découvre l'Ecole de l'ADN

Soligo 86 est un garage solidaire et un chantier d'insertion qui propose l'entretien, la réparation, la vente et la location de véhicules à tarifs accessibles pour les publics en situation de précarité, tout en accompagnant et en formant des personnes éloignées de l'emploi vers une insertion professionnelle durable.

Je découvre soligo86

Admical est une association reconnue d'utilité publique qui fédère, forme et représente les entreprises mécènes et les porteurs de projets afin de développer le mécénat en France au service de l'intérêt général.

Je découvre Admical

 

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La Fondation Territoriale de la Vienne est abritée par la Fondation de Lille, plus ancienne fondation territoriale de France.
Notre mission est de réduire les inégalités sociales, sociétales et environnementales et contribuer au mieux vivre en Vienne.

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